sept 23 2008

Albums de musique Mp3 sur carte SD

Publié par fred à 7:47 dans la catégorie trends

Je suis parfois effaré de voir à quel point certaines industries sont complètement incapables de remettre en cause leur façon de lire le marché et d’en comprendre l’évolution.

Tellement persuadés que c’est eux qui font le marché, alors qu’en réalité c’est tout de même le client qui oriente son évolution, les industries de production de support de stockage et les majors de la musique prouvent une nouvelle fois qu’ils s’entêtent à vendre sur la base d’un modèle qui a 50 ans, et qui a causé la plongée en enfer du marché de la musique.

Mais de quoi parle-t-il ce fred ?

Ma petite lecture du matin m’a porté sur 01.net ou j’ai découvert ce titre : « Les majors misent sur les cartes MicroSD pour remplacer le CD » (ça se passe ici).

En gros, on vend un album de musique sur une carte SD quoi. Ca s’appelle ‘Slotmusic« .

Bon, après une première réaction pas trop négative, puisqu’effectivement le support vendu s’adapterait enfin aux mobiles en permettant d’y insérer les cartes MicroSD, dès réflexion ma seconde réaction fut nettement moins chaleureuse.

Incroyable, ils ont vendu des 78 tours, 45 tours, des 33 tours, puis des CD, puis des DVD avec à chaque fois l’album complet dedans, disons 15 titres en moyenne.

Et à chaque fois l’immense majorité des gens qui les achetaient n’en écoutaient que 10% (dont la majorité sont celles qui tabassent les tympans des auditeurs à la radio).

Et aujourd’hui que font-ils ? Il essayent de vendre leur 33 tours modernes sur carte SD. N’ont-ils donc pas compris d’où venait le succès du mp3 à l’unité ?

Le Mp3, téléchargeable uniquement en pirate à ses débuts, et ce pendant une loooongue période au cours de laquelle les majors ont poussé la complainte sur le vol plutôt que de chercher à exploiter le marché, a cet immense avantage qu’il permet de ne sélectionner que les musiques qu’on aime.

A mon avis, la plupart des mélomanes ne sont pas des acharnés de la découverte. Un album qu’ils ont acheté, ils vont l’écouter en entier une fois ou deux (pour pas culpabiliser d’avoir acheté 15 euros 15 chansons, et de ne les avoir jamais écoutées), le laisser à l’occasion en musique de fond quand ils passent l’aspirateur, mais lorsqu’ils écoutent vraiment de la musique, ils zappent direct sur leurs morceaux préférés.

Le modèle qui correspond un peu à cela, ce sont les compilations en CD qui rassemblent les meilleurs hits de l’année. Aujourd’hui, ta compilation tu te la fais sous Deezer, avec des playlists thématiques 100% adaptées à tes goûts.

Et les majors malgré tout continuent à miser sur les albums entiers.

Se réinventer ne fait donc plus partie de leurs capacités. Analyser les tendances de consommation ok, gueuler tout fort qu’il y a du vol ok aussi, mais plancher sur une solution qui correspond à ce que les consommateurs veulent, ça c’est autre chose.

S’accrochant à leurs pseudo monopole comme des entêtés, les majors vont donc continuer à vouloir forcer la main aux clients, plutôt que de se lancer pleinement dans le 21ème siècle.

Au tout début de ma carrière, lorsque je vendais des images de synthèse aux promoteurs immobiliers par exemple, on me disait « vous savez ça fait 30 ans que je vends mes produits comme cela, ce n’est pas vous et votre 3D qui allez me faire vendre mieux ».

Aujourd’hui 80% des nouvelles résidences sont modélisées en 3D. Et ce n’est pas moi (ni mes confrères) qui avons fait cela, ce sont les clients qui le voulaient.

C’était en substance mon argument à l’époque : « vous vendez vos produits avec des méthodes centenaires, mais le consommateur, lui, évolue« .

« Surtout ne prenons pas de risques, cela pourrait fonctionner. »

Je suis convaincu que la majorité des clients du format mp3 sont prêts à débourser de l’argent pour acheter des morceaux, ils savent qu’en ce bas monde rien n’est vraiment gratuit.

Mais ce qu’ils veulent c’est en avoir pour leur argent, que cela corresponde à leur mode de consommation et qu’on leur laisse la possibilité de choisir ce qui leur plaît.

Libre à eux ensuite, de se payer l’album complet de leurs artistes préférés.

L’album de musique sur carte micro SD ne correspond en rien à cela. Les gens qui écoutent de la musique sur leur téléphone portable savent déjà y charger les morceaux qu’ils préfèrent. Ils ont déjà plusieurs cartes microSD thématiques bien à eux.

Plutôt qu’à tenter de leur insuffler l’idée : « pour continuer à faire vivre les artistes téléchargez leurs albums complets comme on vous le dit », les majors devraient plutôt dire : « téléchargez plus, mais mieux », et concevoir une offre réellement performante sans chercher à tout prix à s’accrocher à un modèle dépassé.

Les majors accumulent les bourdes (rappelons-nous des DRM), et placent la faute sur l’affreux internaute pirate, en proposant timidement des téléchargements de mp3 à l’unité sans en faire trop de promotion.

On ne parle plus d’avenir, on parle de présent et de futur.

Il serait temps qu’il y en ait un pour oser franchir vraiment le pas, s’ils ne le font pas, d’autres s’en chargeront à leur place.

3 responses so far

3 commentaires dans “Albums de musique Mp3 sur carte SD”

  1. Guillaume Dretzle 23 sept 2008 à 21:12

    Joachim Garraud a entre ouvert une porte en proposant sur son site de choisir les titres que l’on souhaite puis on reçois le cd avec les titres que l’on a choisis la jaquette que l’on a choisis la boite que l’on a choisis… Je pense que l’avenir est par la car je pense qu’on aime bien avoir un CD qqch de matériel qui a une valeur. Une carte SD a aucune valeur et se perd facilement sa aura peut être du succès auprès des jeunes qui vont trouvé sa fun mais j’en doute.

  2. Olivier Bauchatle 24 sept 2008 à 12:30

    Tout à fait d’accord avec ton raisonnement et tes conclusions.

    Juste un petit bémol : apparemment, cette orientation stratégique est choisie par les grandes majors et par sandisk.

    On comprend bien que pour sandisk, cela lui ouvre de nouvelles perspectives de marché.

    Mais pour les majors : avant d’investir sur ce créneau, elles ont certainement mené des études de marché poussées, et donc si elles le font, c’est que cela doit répondre à une demande de certains consommateurs.

    Je pense malgré tout qu’elles sont sur la mauvaise voie car elles finiront bien par disparaitre un jour, comme tous les monopoles qui se sont gavés sur le dos de leurs clients pendant trop longtemps.
    L’avenir viendra de la médiation directe entre les artistes et leurs fans.

  3. compositeurle 24 oct 2008 à 15:58

    bonjour, j’ai trouv ce billet fort intéressant :) je me demandai pourquoi cette précision : dont la majorite sont celles qui tabassent les tympans des auditeurs a la radio …. ;) je te souhaite une bonne continuatiobn !

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