déc 06 2008
Comment lutter contre le piratage des droits – Article 1
J’ai déjà pu écrire plusieurs articles au sujet des entreprises qui tentaient, par des voies d’un autre temps, de lutter contre le piratage de leurs données et des droits de propriété intellectuelle engendrés par le développement d’internet.
Je publie aujourd’hui 2 articles qui visent à faire un état des lieux, à réunir des idées de solution et à prouver qu’il est possible aux uns et aux autres de vivre relativement harmonieusement, voir même de rendre tout à fait profitable le business des majors, à l’heure ou elles gesticulent encore dans tous les sens pour garder des acquis inadaptés face aux possibilités de la technologie.
Voici l’article n°1 : Histoire et état des lieux.
Une guerre laisse des traces
Sans vouloir revenir à mon habitude de tirer à boulets rouges sur ces acteurs économiques censés se graisser gérer des droits d’auteur, il est tout de même urgent de leur signaler qu’au bout du chemin qu’ils empruntent à l’heure actuelle, il y a un mur.
Ce mur n’est pas fait que d’une chute inexorable de chiffre d’affaires. Il se construit aussi à coup de déception sur leur image de marque, laissant la sensation que ces sociétés aux souhaits liberticides sont assoiffées de fric et s’accrochent désespérément à leurs méthodes d’antan (dans ce contexte : avant le web).
Leurs gesticulations procédurières, censées créer des exemples et faire peur, tout en coûtant bien plus que cela ne rapporte sans pour autant avoir d’effet, n’ont en aucun cas enrayé le processus dans lequel elles sont empêtrées.
Le risque est très grand, et il grossit tous les jours, que les consommateurs en bout de chaîne soient définitivement convaincus que les entreprises du secteur n’ont cure de leurs souhaits, préférant se consacrer uniquement au maintient de niveau de profits jugés exorbitants.
En leur tapant dessus à tour de bras ou en inventant des technologies de protection tellement fermées qu’elles sapent d’elle même toute possibilité de développement, les majors se tirent une balle dans le pied.
A force de vouloir faire payer aux consommateur la culpabilité de technologies créée par d’autres industries, qui sont les vraies initiatrices de la remise en cause du business model qui prévalait jusqu’alors, les majors provoquent de la haine envers elle même. L’image de « leurs » artistes en est impactée.
Qui sème le vent, disait l’autre, récolte la tempête. Et la haine n’appelle que la haine.
Pire, les majors laissent la porte ouverte à un acteur qui, tôt ou tard, trouvera LE modèle génial qui attirera vers lui tous ces déçus du système. Par appel d’air, les derniers mohicans clients de ces majors s’en iront alors rejoindre le flot de ces nouveaux consommateurs enfin entendus.
Si d’aventure, acculés dans leurs derniers retranchement, les majors rejoignent enfin le nouveau business model, il y a fort à parier qu’à ce moment là, s’il reste des artistes en catalogue, les consommateurs leur feront payer le prix de leurs erreurs.
Affaiblis financièrement, il sera alors trop tard pour réagir, et l’on risque fort de voir ces anciens poids lourds de la vidéo et de la musique crever dans l’indifférence générale. Indifférence qui sera à la hauteur de celle que les majors semblent afficher encore actuellement.
Plutôt que de dépenser des sommes folles dans des procès, des études subjectives et du lobbying gouvernemental (cf. la loi Hadopi, voir cet article édifiant ici), les majors feraient donc mieux d’investir cet argent dans la recherche à la fois technologique et économique pour espérer rester les acteurs de leur propre marché.
L’entêtement n’a parfois pas l’effet recherché, il est donc temps de remettre en cause la méthode, et de trouver les moyens de faire avec l’évolution de la société, au risque sinon, de s’auto-détruire purement et simplement.
Une guerre laisse des traces indélébiles. Si elle est perdue d’avance, on s’imagine bien à quel point celui qui l’a lancée va en payer le prix.
Encore faudrait-il avoir la capacité à se remettre en cause.
Histoire d’une défaite annoncée
Sans entrer dans le point de vue du neuneu béat, on pourrait résumer ainsi l’histoire :
Phase 1 – des technologies numériques inventées par des industries hi-tech permettent de transporter plus simplement les oeuvres musicales et vidéo. Il s’agit du CD et du DVD. Exit les vinyles et les VHS.
Phase 2 – le consommateur adopte ces technologies, consomme des vecteurs d’utilisation, s’habitue à cette transportabilité. On a jamais autant consommé de musique et de vidéo, le pognon coule a flot. Le prix d’un CD ne baisse pas au fil du temps.
Phase 3 – le grand public s’équipe d’ordinateurs, se connecte à internet, la technologie évolue et permet de dématérialiser les oeuvres, mp3 et DivX améliorent terriblement leur transportabilité : mail, download ftp, lecteurs mp3, clés usb… Napster fait une boucherie.
Phase 3 – les majors se réveillent, crient au loup et présagent de la « fin de la créativité pour les artistes ». Les clients pensent « fin des profits monstrueux, bien fait pour leur gueule ». Le mouvement s’accélère.
Phase 4 – internet explose, les vitesses de connexion augmentent, les habitudes de consommation avec CB en ligne s’installent, le téléchargement illégal aussi. Napster s’écrase, il est remplacé par des dizaines de softs P2P qui font un carnage.
Phase 5 – les majors s’excitent, font des procès pour l’exemple à de pauvres geeks boutonneux insolvables qui n’auraient jamais pu acheter 3 CD par an. Les consommateurs, noyés dans la masse de ces salauds de pirates téléchargeurs illégaux ne voient venir aucune alternative de la part des majors et continuent à consommer gratos.
Phase 6 – Les 1er sites de téléchargement légaux avec pignon sur web voient le jour (il était temps). Le consommateur regarde, pour le prix d’un CD avec 14 morceaux chez Cora il obtient 12 morceaux en téléchargement sur Fnac musique, le support physique en moins. La différence va dans les poches des majors, le consommateur a l’impression de se faire enfiler. Les retraités se mettent à la technologie, ça va faire mal.
Phase 7 – 1ère tentative des majors de se rapprocher des industries technologiques. Puisque le consommateur est une pourriture, le DRM fait son apparition. Des milliers de consommateurs acceptent la règle, et sont condamnés à écouter leur musique sur leur PC ou leur i-pod. La transportabilité n’existe plus, et l’on se met à payer une taxe sur le CD pour rémunérer les droits. Vive le P2P ! Certains acteurs font exploser leur CA en vendant de la musique sans DRM, argument de poids, le DRM devient le symbole des majors arc-boutées sur leurs principes inchangés.
Phase 8 – internet commence a filer des sueurs froides aux médias. Puisque la technologie ne s’impose pas, on comprend aisément pourquoi, on pousse les feux du lobbying gouvernemental. Ce salaud de consommateur on finira bien par le foutre en taule si il continue ! Il faut des lois pour surveiller ce qu’il fout sur internet et lui couper sa connexion. Bon, comme ça les majors ne gagneront toujours pas d’argent, mais au moins l’honneur sera sauf, chouette et efficace non ? Le gouvernement récupère le cadeau empoisonné, et se voit tout doucement accuser de faire reculer les libertés individuelles.
Phase 9 – novembre 2008, le rapport Hadopi est livré au gouvernement. Il est bâti sur des conclusions d’organismes privés et des études subjectives, payés tous les deux par les majors. Le consommateur va en prendre plein la gueule cette fois-ci. Le star system, lui, explose sur le web mais il reste en grande partie inexploité.
Les médias et le gouvernement ont pris leur parti, et accusent les consommateurs à tour de bras et de reportages manipulatoires.
On en est là.
A aucune de ces étapes, les majors n’ont remis en cause leur business model. Les consommateurs eux, surfent sur des blogs qui leur livre des solutions pour ne pas se faire endoffer une fois de plus.
Qui ne fait plus confiance à qui
La méfiance voire la défiance sont désormais de mise chez l’utilisateur final.
Sans vouloir le faire passer pour une victime, c’est tout de même une évidence qu’en bout de chaîne il ne peut pas grand chose à tout ça.
Quant à lui demander de s’auto-restreindre pour conserver, voir améliorer, la profitabilité des majors qui n’ont pas arrêté de le décrire comme un délinquant depuis des années, cela relève de l’utopie notoire, du raisonnement bête à bouffer du foin.
Le point de rupture de confiance n’est plus bien loin du côté des consommateurs. Après tout cela fait des années qu’on le déclare coupable sans l’avoir jugé, ni lui avoir donné les moyens de consommer légalement et économiquement de manière avantageuse ce qu’on lui propose.
Pourtant, lorsque l’on demande autour de soi si les gens sont prêts à payer leurs téléchargements, la réponse est majoritairement « oui », mais pas à n’importe quel prix.
Il y a donc bel et bien un problème.
La demande est là, l’offre n’y est pas. Qui donc s’occupe de l’offre ?
La réponse on la connaît.
Si, depuis des années, les acteurs du secteur n’avaient pas envisagé la consommation sous leur propre angle de vue, mais s’étaient intéressés à celui de ceux qui les font bouffer, la situation n’en serait certainement pas là.
La méfiance s’est installée, les habitudes aussi. Alors on fait quoi ?
Article 1 – épilogue intermédiaire
Je vous avais parlé de solutions, mais sans une analyse du problème cela aurait été difficile. Il fallait établir un postulat.
Celui-ci ouvre la porte à l’article n° 2 : les solutions possibles pour sortir du problème, à paraître ici même, sur le blog de fred, lundi.
