déc 03 2008

Charte de déontologie des blogueurs

Publié par fred à 2:31 dans la catégorie blogosphere

Les forces se déchaînent un peu partout sur le web, obscures pour certaines.

Ceux qui ont tous les jours « les doigts dedans » (je parle d’internet bien sûr), et les blogueurs en font partie, le remarquent tous les jours un peu plus.

Point de vue général

La volonté est forte pour certains, de tenter de museler internet, de contrôler, canaliser ce qui s’y passe et ce qu’y s’y dit, pour leur propre intérêt sauvegarde ou par soucis du respect de règles qui devraient logiquement s’appliquer, calquée sur des modèles archaïques car inadaptés (ou l’inverse, comme tu veux).


La volonté est toute aussi importante pour d’autres de lutter pour garder internet comme une espace de liberté débridé, affranchi des règles élémentaires du respect des droits, et ce à n’importe quel prix.

Chez les premiers, on a surtout la sensation de comportements un peu désespérés, d’un combat avec toujours plusieurs coups de retard (cf. les majors du disque), d’une peur panique face à l’ampleur du phénomène (cf. les politiques), à sa réactivité, en dehors des règles établies par certains corporatismes (cf. les journalistes). Une sorte d’incompréhension totale du média polyforme que représente internet, en bref une menace.

Chez les seconds, on ressent le besoin permanent d’échapper à la main mise qu’on certains acteurs économiques ou individuels, sur leurs quotidiens bourrés de contraintes, d’abus, d’injustices et de pression. Un amour de la liberté tous azimuts qui peut aller jusqu’à l’obsession vide de réflexion.

Ces forces en présence sont multiples. On trouve pêle-mêle :

- le gouvernement (avec sa loi Hadoppi par exemple), les lobby industriels et financiers, les corporatismes professionnels, les médias traditionnels… ceux là sont entachés de leurs passés : erreurs, mensonges, manipulation, intérêts personnels aveugles et irresponsables, manque d’adaptation, suspicion… j’en passe et des meilleures.

avec en face…

- les soit-disant petits poucets blogueurs tous seuls derrières leurs écrans, mais capables en 10 minutes (et pour pas un rond) de toucher des dizaines de milliers de personnes, de créer des lames de fond d’opinion, de laisser des traces dans les moteurs de recherche pour des années entières, mais aussi de faire du mal par manque de réflexion.

Tout ce petit monde se met en ordre bataille sur le web, prêt à en découdre. certains avec des lois et des procès, d’autres avec des actions virales incontrôlables et du google bombing.

Les choix pour la blogosphère

En tant que blogueur, je ne peux pas m’empêcher de voir cet affrontement au travers de ce prisme.

La blogosphère réagit à tout, aucun sujet n’est potentiellement épargné. Je laisse de côté bien sûr, les blogs skyrock de racontage de vie au p’tis copains qui agissent dans une autre galaxie.

La blogosphère rassemblée a la capacité de toucher la quasi totalité des internautes de la planète. Un véritable contre pouvoir, dont elle seule comprend le fonctionnement, mais n’envisage pas toujours les conséquences. Et dans cette blogosphère :

- d’un côté, il y a ceux qui souhaitent préserver internet comme un espace total de liberté, au risque de voir tout et n’importe quoi proliférer sur la toile via les blogs notamment, et qui ne comprennent pas la nécessité de créer une charte de déontologie pour les blogueurs. L’auto-régulation sans principes fondamentaux.

- de l’autre, il y a les blogueurs qui souhaitent prendre acte des responsabilités vis à vis de ce qu’ils publient, et s’engager à ce titre dans une démarche symbolique par le biais d’une déontologie qu’ils s’imposent et souhaitent partager. La déclaration d’intention, raillée et vue comme de l’angélisme ou un l’idéologisme béat.

Les axes de réflexion sont multiples sur le sujet, mais je vais m’attarder sur 3 d’entre eux.

Parties en présence

blogosphère VS journalisme

Les médias traditionnels, soucieux de préserver le pré carré de leur encartage journalistique, sont entrés en guerre contre la blogosphère, soupçonnée par défaut de ne délivrer que des informations partielles, non vérifiées, sans citer ses sources (la loi protégeant les seuls journalistes et avocats sur ce point).

Retranchés derrière la déontologie de leur profession, les journalistes (qu’ils soient d’opinion, de terrain ou de bureau), agitent en face des blogueurs les principes respectueux inculqués aux membres de la profession. Soit, le concept est un peu éculé, et il existe un pourcentage de salopards et de vendus parmi les journaliste tout le monde le sait, mais pour une bonne partie d’entre eux, ces principes ne sont pas de vains mots. En tout cas la majeure partie du temps.

Ce que les journalistes ne disent que tout trop bas, c’est que les blogueurs, leur réactivité et leur maîtrise du média internet sont de très dangereux concurrents, qui viennent bouffer le pain dans leur assiette pour gagner quelques dollars d’adsense, et qui mettent un pan entier de l’économie traditionnelle sous pression et en danger.

En résumé, on touche au porte monnaie, mais aussi à la survie professionnelle d’employés qui sont pour l’heure incapables de trouver les solutions pour monétiser leur savoir-faire sur le web.

Un peu comme les marchands de calèche ont du voir d’un mauvais oeil l’arrivée la Ford T, Peugeot et Panhard (on connaît la suite), les secteurs économiques traditionnels de type médias, au contenu numérisable et diffusable font face à un défi.

Plutôt que de le relever, la réaction première de ces secteurs est de tenter de saper le rythme de la vague, de s’offusquer, de dénigrer, de vouloir stopper le mouvement.

Un combat vain et perdu d’avance. L’heure est à la prise de conscience, à l’adaptation. En la matière, les 1ers à se faire une raison dès aujourd’hui pour prendre la vague, seront ceux qui demain seront encore là.

Résultat : internet 1 – journalisme 0

blogosphère VS star system

Au rang des professions les plus exposées sur la toile (notamment), on retrouve aussi les stars, leurs producteurs et leurs managers.

Vu sous l’angle de la photo / vidéo (stars, séries, films, émissions…), ou de la musique (artistes, majors), les progrès technologiques sont tels que ces secteurs assistent à la liquéfaction de leurs acquis.

Accusant la blogosphère et internet dans son ensemble de ratiboiser leurs profits et par là même la création au sens large, la réaction est identique que pour le journalisme.

Si l’on tient compte du fait que la technologie (qui n’a pas été pas inventée par les blogueurs que je sache) permettra toujours de trouver des moyens de diffusion, le combat là aussi est perdu d’avance. Un bon exemple : les DRM.

Quant aux stars elles-mêmes, qui voient leurs photos plus ou moins dénudées ou encocaïnisées se répandre partout, elles n’existent (partiellement) que grâce au phénomène. Certaines, comme Olivier Martinez avec Eric Dupin ou plus récemment encore Valérie Alexandre avec le pauvre Sopalin, tentent le coup du procès. Une erreur monumentale quand on connaît la persistance de l’information sur internet, et donc sa capacité de nuisance à long terme pour l’image de marque de ces aventuriers.

Alors il y a certes un point ici en défaveur du web : l’utilisation de supports sans règlement de droits ni autorisation de diffusion. Le blogueur à qui l’on pompe son contenu pour le republier ailleurs sans même un lien en retour connaît bien cette sensation.

Problématique oui, mais il faut garder à l’esprit que si l’on ne parle pas d’eux ils n’existent pas, et ne sont donc pas « bankable« , donc voués à des carrières disons modestes ou finissant en eau de boudin.

A voir également le fait qu’ils ne vivent pas de leurs photos, mais de leurs concerts, films, albums…

La meilleure « reconversion » connue à ce jour en la matière est celle de Radiohead. En mettant en téléchargement à prix libre son album In Rainbows, laissant les internautes décider de ce qu’ils voulaient / pouvaient payer pour le télécharger, ils ont gagné plus ainsi que s’ils avait vendu le nombre d’albums CD équivalent, et ont permis au passage pour ceux qui avaient peu de ressources de se payer un album quand même.

Quand on dit qu’internet est une machine à saper la rentabilité, je réponds créativité.

Résultat : internet 1 – star system 0

blogosphère VS gouvernement

Nous y voilà. Le gouvernement face à internet et aux blogueurs tout tremblants de peur (tu parles !).

Déjà partons du postulat suivant : si internet s’auto-régulait, et que les secteurs concernés s’y adaptaient plutôt que de lobyiser à tour de bras, aucun gouvernement du monde n’y mettrait trop son nez, l’impact pouvant être beaucoup trop lourd aux élections et dans l’opinion.

Mais voilà, c’est un peu la foire à neuneu, internet, vu du gouvernement. Les potes des ministres, issus des prestigieuses écoles de commerces, gueulent comme des veaux au cours de repas au Ritz où ils ont été conduits par leurs chauffeurs respectifs. ça rue dans les brancards, il faut taper fort, faire des exemples et faire rentrer tout ça dans le rang. Bref, un seul son de cloche.

En même temps il faut marcher sur des oeufs, c’est qu’elle est sensible la blogosphère. Et ses lecteurs s’émeuvent rapidement à la moindre tentative liberticide, ça peut vite partir en c*****.

Il y a quelques mois en arrière, quelques ministres ont invité des blogueurs à des tours de tables au sujet des lois sur l’économie numérique notamment.

Caressant peut-être l’éventualité de les avoir « à la vanité », les huiles se sont retrouvées le plus souvent face à des interlocuteurs qui comprenaient ce média bien mieux que quiconque, et qui étaient rompus aux méthodes d’approche marketing de tous poils.

Ont-ils tenu compte de ce savoir ? Au vu des réglementations en préparation, il semblerait bien que non. La blogosphère va probablement se lâcher, se transformer en caisse de résonance et préparer des articles sur les possibilités de contournement de ces lois.

Quand on connaît la France et son incapacité chronique à faire simple, efficace et pragmatique, les failles devraient être nombreuses. La blogosphère, qui compte quelques avocats très pointus sur le sujet d’internet dans ses rangs, les trouvera, les publiera, et rendra à moitié inutile née toute loi avant même qu’elle soit promulguée.

Résultat : internet 1 – gouvernement 0

Fédérer la blogosphère

La 1ère des idées qui me vient quand j’écris ce sous-titre, est une gros LOL caverneux.

A l’image de la société, partagée, les blogs sont pour, contre, ou sans avis car se sentant peu concernés par le fait d’adopter leur propre déontologie.

Habitués à aller à contre courant des standards, un texte unique sera impossible à imposer et très difficile à cadrer.

Il y aura donc ceux qui seront pour (mais on a pas de news), ceux qui sont contre et ceux qui adopteront leur propre charte personnelle pour entrer dans l’action.

Responsabilité intellectuelle du blogueur

Terrain glissant, tentons de structurer un peu

Le blogueur est-il responsable de ce qu’il blogue ? La réponse est clairement oui, du moment qu’il ne l’a pas fait sous la menace.

Cette responsabilité est déjà d’ordre juridique, s’il diffuse des mensonges éhontés, des informations faussement tronquées ou des contenus à caractères illégaux.

Mais cette responsabilité est aussi, et avant tout sur un média d’expression, d’ordre intellectuel.

Un peu comme un photographe qui doit être en accord avec la photo qu’il prend sans quoi il ne shoote pas ou la supprime, le blogueur doit se demander si ce qu’il blogue aura des conséquences, de quel ordre, et s’il est prêt à les assumer. Il doit aussi se demander si, mises à part les sirènes du traffic, il est en accord avec ce qu’il publie et si cela respecte ses principes de vie.

Car mis à part celui qui tient son blog en local sur easyphp (blague de blogueur), tous les blogueurs ont des lecteurs, connus et anonymes. Et certains croient aveuglément à ce qu’ils y lisent.

Conclusion

D’une manière générale, la peur est une très mauvaise réaction.

L’histoire nous prouve que c’est la peur qui est à la source de bien des maux de notre société, bien au-delà du web, car la peur engendre l’intolérance, la haine, les racismes, le communautarisme, les conflits voire les guerres.

Internet est là, et bien là, il va falloir faire avec. On arrête pas le progrès, ni une société en marche.

La seule manière de lutter est en fait d’en prendre acte, de s’y adapter et d’en tirer le meilleur parti, tant du point de vue économique que déontologique. En résumé :

If you can’t beat them, join them

A chacun ensuite, individuellement, d’insuffler sa propre vision dans l’action qu’il mène, de diffuser ses principes ou pas.

Un blogueur va, potentiellement, être lu par des milliers d’inconnus chaque année. Certains se risqueront à parler d’influence. C’est en parti vrai, même si je me limiterais personnellement au terme d’impact.

Certains lecteurs tiennent les propos qu’ils lisent, sur internet ou ailleurs, comme vérité. « Mais si ! ils l’ont dit sur internet ! ». A ce titre, le blogueur dispose d’un pouvoir, limité au cercle de ses lecteurs et visiteurs, et à celui des autres blogs reprenant l’information.

Or un pouvoir entraîne, qu’on le veuille ou non, des responsabilités.

L’on pourrait y rester aveugle, mais pour ma part, le choix est fait. Et si j’ai déjà pris le pas de m’astreindre à certaines règles, je compte bien renforcer la rigueur et le respect avec lesquels je gère mes affaires sur le web autant que le blogging ici-même.

Il ne s’agira en aucun cas de fermer ma gueule, bien au contraire. La liberté d’expression est une chance trop importante, la révolte est même parfois source de progrès.

Mais la liberté des uns s’arrête là ou commence celle des autres.

Si les blogueurs ne s’auto-régulent pas, des lois et des principes techniques le feront, ne serait-ce que partiellement et tôt ou tard, à leur place. Une chose est sûre, ce sera maladroit.

Ceci va créer un phénomène de clans : les « pour » et les irascibles « contre ». Une nouvelle sorte de fracture numérique très manichéenne, forçant chacun à choisir son camp, et donc à se comporter en ennemis.

Ce phénomène sera contre productif, destructeur, et ouvrira la porte à de plus grand excès que ceux, encore sporadiques, que l’on peut constater aujourd’hui sur la toile.

J’invite chacun des blogueurs à se poser les bonnes questions, et à prendre ses responsabilités, pour que ceci n’arrive pas ou reste anecdotique.

Je publierai donc et vous inviterai à consulter ma charte déontologique de blogueur dans quelques temps. Un acte symbolique pour certains, mais n’ayant pas pour habitude de me mentir à moi même, mon but sera de la respecter.

6 responses so far

6 commentaires dans “Charte de déontologie des blogueurs”

  1. Jaguiele 03 déc 2008 à 4:53

    Belle synthèse, bravo !

  2. fredle 03 déc 2008 à 12:02

    Merci !

    je vais mettre tout ça un peu en forme quand même, ça manque d’images… libres de droit ;-)

  3. [...] Blog de Fred new [...]

  4. [...] petit billet pour simplement vous inviter à aller lire une très bonne synthèse sur le sujet de la charte déontologique chez l’ami Fred. J’ai commencé il y a quelques semaines à rédiger moi aussi une sorte de charte pour ce [...]

  5. Web en Vrac #5 | Darklg Blogle 04 déc 2008 à 13:28

    [...] Charte de déontologie des blogueurs [...]

  6. Gonzaguele 04 déc 2008 à 16:30

    tiens c’est rigolo j’ai publié il y a quelques jours ou semaines une page « BlogRules ». Sans en faire la « publicité chez moi, j’ai mis un petit lien dans le champ commentaires, des mentions ci et là.

    http://blog.gonzaguedambricourt.com/blogrules/

    si tu as le temps de lire, j’attends ton avis :-)

    (c’est rédigé au second degré hein .. rien de prétentieux ^^)

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